Maliba

Chronique du vendredi : Remaniement mais jusqu’où

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Savez-vous ce que nos compatriotes suivent le plus après le feuilleton Marina et les matchs de la Liga ? C’est la séquence sur le Conseil des ministres diffusée le mercredi soir au journal télévisé. Et savez-vous pourquoi ?

Les nominations ! Car le décret qui nomme le cousin ou dégomme le tonton signe aussi notre puissance ou notre déclin. Il en va ainsi de l’Etat-rhizome pour recourir à l’expression de JF Bayart, où le marabout du président peut être plus puissant que le ministre d’Etat, et le jardinier du Premier ministre plus influent que les groupes parlementaires.

Si un Conseil des ministres est important pour cette raison que dire donc d’un remaniement ministériel ? Surtout le genre qui, par les causeries de ‘grin’, l’effet amplificateur des médias et l’indiscrétion suscitée des services. Voici pourquoi, depuis quelques semaines, l’imminence d’un remaniement est le sujet le plus discuté par le microcosme bamakois.

Car, avant tout notre stratégie d’influence en tant qu’individu dépend beaucoup de qui entre au gouvernement et de qui en sort, et puis, c’est fondamental, en période de crise, l’espoir est plus attendu du changement que du statu quo. Sommes-nous donc en crise ?

La question est simple, la réponse l’est moins. C’est oui, au vu de la situation économique et financière que nous traversons depuis deux ans. Elle n’est pas particulière à notre seul pays : la gouvernance intérieure reste hautement perfectible, il est vrai, mais la dette intérieure de l’Uemoa est affolante et l’occident émerge d’une crise qui nous frappe de plein fouet.

Ajoutons au stress économique, le dossier social qui sera représenté ici par les turbulences du projet de code de la famille ainsi que les dangereux messages qu’il envoie, et l’école dans une certaine mesure quoique la crise ici soit plus vieille.

Tout cela fait beaucoup. Mais en même temps, le gouvernement relativisera. Modibo Sidibé qui entame une troisième année déterminante pour son avenir a d’ailleurs chiffré ses résultats. Il est vrai que l’origine des fonds utilisés pour résorber une grande partie de la dette intérieure n’a pas été détaillée. Il est aussi vrai que les performances douanières et fiscales, pour être convaincantes, s’apprécient plus sur la durée et en comparant les différentes administrations et époques et non sur la « conjoncture ».

Il reste qu’un des impératifs du gouvernement était de contenir une dette intérieure qui plombait le pays. Les résultats parlent ici même si un bilan de limitation des dégâts est généralement peu valorisé. Le code et son malaise ? Oui, c’est important et inédit. Oumar Mariko, rappelle certes que c’est un projet de lois, donc l’initiative du seul gouvernement.

Mais c’est bien une dialectique effrayante et décevante en démocratie où le Parlement a pour vocation de contrôler l’Exécutif. Mais, que des sanctions ciblées tombent pour cette affaire est, du reste normal, et relève de la seule appréciation du président de la république.

L’école ? Il reste le dossier brûlant de toujours et la IIIè République s’y est cassée les dents jusque-là. Non pas parce qu’elle n’a rien fait, au contraire, mais faute d’avoir montré ce qu’elle a fait et de considérer la crise comme celle du seul système éducatif plutôt que de la société entière. On peut se demander pourquoi ce gouvernement-ci a penché pour une stratégie de repêchage (au Def et au bac) aussi généreuse et qui n’est pas pour renforcer la confiance dans le niveau de nos scolaires, mais des frémissements sur le front de l’éducation sont perceptibles et encourageants.

Peut-on déduire de tout cela que le gouvernement est bon et que tous ses membres ont mouillé le maillot d’une manière égale ? Assurément non.

Mais une chose est sûre : le président sait si le premier ministre est bon et le premier ministre doit savoir quels sont ses bons ministres et ses bras cassés. La profondeur de tout remaniement dépend, dans une large mesure, du nombre de ces bras cassés ainsi que du besoin d’insuffler du sang neuf. Ce qui veut dire ceci : le remaniement n’est pas toujours une sanction mais une opportunité dont la démocratie et le pouvoir des urnes donne le droit au président de la république.

Lequel, au-delà des faiblesses notées et à corriger, peut vouloir, par ce biais, garantir la mobilité, combattre le mandarinat, et élargir la base sociale de son pouvoir. Une base qui se rétrécira à mesure qu’avance la pendule constitutionnelle.

En attendant, ATT peut encore beaucoup, remanier comme ne pas remanier, chambouler comme réajuster. Mais un des indices sûrs que le président a quelque chose en tête et plus tôt que tard reste l’apologie du consensus malien qu’il a faite récemment au détour d’une simple réception de bâtiment.

Puisque ce n’était pas ni le lieu, ni forcément le moment, l’analyste ne peut y voir que le seul signal de la volonté présidentielle de clore le second mandat comme avait commencé le premier : faire bouger les lignes conventionnelles majorité-opposition et repartir avec une équipe d’impulsions. Parce qu’en vérité, son opposition la plus sérieuse sera bientôt dans sa majorité.

Adam Thiam

Republicain

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